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Marais de Montaris

 

Pour l’amour du marais de Montaris…

Histoire d’une restauration réussie !

Rémi Garrigou (Syndicat Mixte de la Diège) et Nicolas Cayssiols (Rural Concept).

Le marais de Montaris, est situé sur les communes de Villeneuve et de Salles-Courbaties. Il est l’un des rare marais alcalin du département de l’Aveyron. Cette rareté, n’a d’égal que l’amour que les habitants des alentours lui portent, au point de le considérer un peu comme un membre de la famille. Depuis de nombreuses années, les élus et habitants de Salles-Courbatiers déploraient l’évolution du marais et sa fermeture croissante liée au développement des peupliers. Aussi, grâce a l’Agence de l’Eau Adour-Garonne et au classement en ENS du Conseil Départemental de l’Aveyron, le Syndicat Mixte de la Diège à confié à Rural Concept la réalisation d’un plan de restauration. Le constat était pour le moins simple, partout ou le marais était géré extensivement par le pastoralisme, il avait conservé ses lettres de noblesses biologiques. En revanche, là où les peupliers avaient été plantés les perturbations étaient devenues évidentes. Seules quelques rares trouées autorisaient l’expression d’une flore typique des roselières. Cependant, le marais faisait de la résistance et il n’en fallait pas plus pour que le Syndicat Mixte de la Diège et Rural Concept sentent battre le cœur du marais au point de croire en sa capacité de résilience. Cependant, il ne faut pas se méprendre, si la volonté de donner un coup de pouce est née de ce constat empirique, des journées de prospections ont été nécessaires pour comprendre le marais.

Largement épaulés par le Conservatoire Botanique National des Pyrénées et de Midi-Pyrénées, L’Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques et l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage le projet à pris forme. Chaque structure à apporté son avis et son expérience. Il faut dire que le Marais de Montaris fait partis des rares sites de Midi-Pyrénées à héberger encore la belle Renoncule grande douve (Ranunculus lingua). On comptait, bon an mal an plus de 20 pieds dans la partie amont du site. Aussi, les travaux ne devaient en aucun cas porter atteinte à cette plante protégée. C’est ainsi que nous avons proposé à l’Agence de l’Eau Adour-Garonne et au Conseil Départemental de l’Aveyron un projet de restauration basé sur deux piliers : la coupe et l’enlèvement des peupliers et la restauration du fonctionnement hydrologique du marais. Les longues heures passées à arpenter le marais nous autorisaient une vision claire des travaux à réaliser et des objectifs à atteindre. Cependant, prudence étant mère de sureté, les travaux ont débuté par une phase test sur la partie aval en Aout 2013. C’est ainsi, que la première tranche de travaux a vu la restauration d’une ancienne peupleraie exploitée en cours de fermeture.

Dans la foulée, le drain central a été équipé d’un bâtard d’eau. La disparation des peupliers, éternels assoiffés et la pose d’un barrage seuil ont permis une remontée de l’eau de plus de 30 cm de hauteur là où elle n’affleurait plus qu’après de très gros épisodes pluvieux. Ainsi, en plus de l’ennoiement favorisé, on estime l’accroissement de la surface en eau à prés de 1 ha. Le marais avait retrouvé l’eau, sa raison d’exister. A ce stade, nous craignions surtout que les peupliers rejettent massivement de souche et que des travaux complémentaires soient nécessaires pour les contraindre à tirer leur révérence.

 Nous avons donc misés sur la mise en eau du marais, « organisant » des inondations hivernales et printanières pour ennoyer les souches et combattre les velléités des peupliers. Ce fût un succès. Prés de deux ans après les travaux très peu ont réussi à émettre des rejets, quelques saules, ont fait leur retour, mais absolument rien d’alarmant. La deuxième tranche pouvait alors commencer. Pour cette nouvelle tranche, le problème prenait une autre envergure, car ce sont plus de 130 peupliers et un sous étages arbustifs dense qui ont du être traités. L’adhésion totale des propriétaires a permis de faciliter l’évacuation du bois. C’est ainsi, qu’il a été trouvé plusieurs débouchés pour le bois. Les grumes et bois de papeterie ont permis aux propriétaires de tirer une maigre consolation financière de leur action et les rémanents ont été proposés aux habitants des alentours à titre gracieux. Les stocks ont fondu comme neige au soleil. Le bois exporté, des troncs de peupliers disposés sur le sol, perpendiculairement à la pente ont fait office de barrages seuil. La partie amont du marais en eau, il ne restait plus qu’a attendre tout en appliquant les recettes qui avaient fait le succès de la première tranche. Les résultats, ont été au-delà de toutes nos espérances. Même dans nos rêves les plus fous, nous ne nous attendions pas à une réaction aussi rapide. La flore des roselières à d’abord colonisé les zones ou l’eau affleurait pour s’étendre progressivement vers les parties inondés ne parvenant pas (encore) à coloniser les pièces d’eau les plus profondes et les ornières laissées par les engins qui font actuellement le bonheur de la grenouille verte, du Triton palmé et du Triton marbré. Et la Renoncule dans tout ça ? Là aussi, le succès fut au rendez-vous. La population initiale, estimée à une vingtaine de pieds à tout simplement été multipliée par 100. En 2015, se sont en effet, plus de 2000 pieds de Renoncule grande douve qui ont colonisé la partie aval du marais… C’est tout simplement exceptionnel. Le Marais de Montaris à répondu présent pour nous offrir aujourd’hui comme en remerciement la plus grande station à Ranunculus lingua de Midi-Pyrénées et plus de 6 ha de roselière.

 

       3 questions à Gérard Colonges,

Président du Syndicat Mixte de la Diège

 

Comment s’est enclenché cette dynamique autour du marais de Montaris ?

En 2009, le Syndicat avait pour objectif d’établir un Programme Pluri-annuel de Gestion sur le bassin versant de la Diège. Aussi, le Syndicat Mixte de la Diège avait le souhait de restaurer le marais de Montaris qui forme les sources de cette rivière. Le diagnostic d’alors mettait en évidence un déficit quantitatif fort sur ce bassin. II était donc clair que la restauration des zones humides représentait un atout majeur dans la conquête des exigences de la Directive Cadre sur l’Eau et du 10 eme programme de l’Agence de l’eau. Parallèlement, la désignation de Montaris par le Conseil Départemental comme Espace Naturel Sensible a favorisé l’émergence et la construction de ce projet. Enfin, la dynamique tient essentiellement aux élus et habitants de la commune de Salles Courbatiers, mais aussi et surtout, aux différents propriétaires et usagers qui ont uni leurs efforts pour encourager la démarche.

 

Quel est le rôle du Syndicat Mixte de la Diège dans cette démarche ?

Le rôle du Syndicat est ici multiple. Il fait office d’animateur, que ce soit dans la maitrise d’ouvrage, grâce aux partenaires, il finance des travaux de restauration et d’entretien des rivières et zones humides de son territoire. Le Syndicat assure la mise en œuvre des travaux, de la  négociation avec les propriétaires à la prestation de l’entreprise qui réalise les travaux, en passant par la phase de réflexion avec les différentes institutions techniques et réglementaires (ONEMA, ONCFS, Rural Concept, CATZH, LPO, fédération de pêche de l’Aveyron, Direction Départementales des Territoires, Conservatoire Botanique National des Pyrénées et de Midi-Pyrénées...). L’implication des élus du Syndicat Mixte de la Diège a été primordiale, car ils ont mutualisé les travaux ce qui a permis un engagement financier sur ce secteur bénéfique à l’ensemble du territoire. Ceci n’aurait probablement pas été aussi simple avec le seul engagement des communes de Villeneuve et de Salles Courbatiers.
 

Quels sont les intérêts de ce type de restauration?

Au delà de l’aspect de biodiversité, qui prend ici tout son sens, La restauration ou le maintien des zones humides de notre territoire représente l’enjeu principal de la gestion de la ressource. De plus, les surfaces reconquises assurent également un soutien d’étiage. Aussi, grâce à l expérience de Montaris, nous possédons un argumentaire, pour convaincre tous les propriétaires de restaurer ces zones quand cela est possible. D’autres projets sont en cours de réalisation comme sur le ruisseau Audiernes ou une zone de 3 Ha nous offre une opportunité de restauration suite à l’abattage par le propriétaire des peupliers. Aujourd’hui, la valorisation et l’ouverture au public du site que soutient le Conseil Départemental de l’Aveyron, nous permet d’avoir un outil de sensibilisation concret aux zones humides. Le public touché est large et varié, il est aussi bien à destination d’un public scolaire que des ornithologues confirmés où d’autres techniciens et chargés de mission intéressés par la démarche.

Enfin, l’appropriation par les élus et habitants du territoire permet au Syndicat d’avoir un ancrage fort favorable à l'émergence de nouveau projet de restauration des milieux naturels.